CENT ANS DE MARCUS GARVEY
PAR RUNOKO RASHIDI*
Pour moi et beaucoup d’autres, Marcus Garvey est considéré comme le plus grand Homme Noir des cent dernières années. Bien sûr, il y en a beaucoup, beaucoup d’autres. Il y a Kwame Nkrumah et Haile Selassie I, Patrice Lumumba et Nelson Mandela en Afrique. Et le Dr. B. R. Ambedkar de l’Inde occupe aussi un rang élevé. Mais, pour moi, Marcus Marvey est au top.
En fait, Marcus Garvey incarne l’excellence du peuple Africain. En tant que leader de masse, propagandiste, organisateur et militant, Garvey n’avait pas d’égal. Il se place avec le plus grand des plus grands. Sa devise, “Lève-toi race puissante. Tu peux accomplir ce que tu veux” continue de résonner en nous. Son influence et son impact à long terme sont incontestables, et il était un magnifique visionnaire pour le Peuple Africain.
Cette année marque les cent ans depuis la fondation de l’Universal Negro Improvement Association (Association Universelle pour l’Amélioration du Peuple Noir) et de l’African Communities League (Ligue des Communautés Africaines) de Garvey, et cela me fait grandement plaisir d’y contribuer avec ces quelques mots au sujet de cet homme remarquable. En effet, il s’agit d’un travail d’amour.
Marcus Mosiah Garvey, l’un des plus grands leaders que le peuple Africain est produit, est né le 17 Août 1887 à St. Ann’s Bay en Jamaïque. Il a passé sa vie entière au service de son peuple – le peuple Africain. Il était audacieux, il était intransigeant, et il était l’un des orateurs les plus puissants enregistré. Il pouvait littéralement amener son public à un état de haute énérgie avec sa réthorique enflammée et la vérité. Dans ses discours, ses actions et ses ambitions, Garvey a souligné la fierté raciale. Son but était la rédemption et la libération du peuple Africain, peu importe où ils se trouvaient sur la planète. Son rêve était la galvanisation du peuple Africain en un rouleau compresseur implacable qui ne pourrait jamais être battu.
A l’âge de 14 ans, Garvey quitta l’école pour travailler comme apprenti imprimeur. Jeune homme, il participa à quelques unes des premières organisations nationales de la Jamaïque, voyageant à travers l’Amérique Centrale et passant du temps à Londres, où il travailla avec le nationaliste Soudanais-Egyptien Duse Mohamed Ali. Garvey était invité par Booker T. Washington pour venir aux Etats-Unis pour discuter de la création d’une école de formation industrielle en Jamaïque, mais il est arrivé en 1916, quelques mois après la mort de Washington en 1915. Peu de temps après son arrivée en Amérique, Garvey a entrepris une longue période de voyage. Quand il s’est finalement installé dans la ville de New York, il a organisé une section de l’Universal Negro Improvement Association et African Communities Leagues (Association pour l’Amélioration Universelle du Peuple Noir et Ligue des Communautés Africaines), une organisation qu’il a établi en Jamaïque en 1914. Sa devise était “Un Dieu, un But, une Destinée !, et ses membres se sont engagés à la rédemption de l’Afrique, et partout, à l’élévation du peuple Noir. L’UNIA & ACL préconisait la fierté de la race, l’autonomie et l’indépendance économique.
Lorsqu’on lui a demandé si il était Jamaïcain ou Africain, Garvey a répondu de façon typique. Il s’est exclamé “Je ne vais pas abandonner un continent pour une île.”
En quelques années, Garvey, en tant que leader de l’UNIA & ACL était devenu le leader Africain le plus connu et le plus dynamique de l’hémisphère Occidentale et peut- être du monde entier. En 1920, l’organisation avait des centaines de divisions au Nord, au Sud, et en Amérique Centrale, la Caraïbe, l’Afrique, l’Europe et même l’Australie. Il a créé et exploité une entreprise de transport international appelée la Black Star Line, accueilli des conventions internationales, publié un journal hebdomadaire appelé The Negro World. Aucune autre organisation dans les temps modernes n’a égalé l’UNIA & ACL par son prestige et son impact sur le peuple Africain.
Garvey a compris l’importance de l’histoire dans la lutte de Libération Africaine, en écrivant tôt cela, “L’Histoire est écrite avec des préjugés, de l’amour et de l’aversion, et il n’y a jamais été un historien blanc qui ait jamais écrit avec aucun véritable amour ou sentiment pour le Nègre.” Il a ajouté que le peuple Noir devrait s’attendre à “mais très peu par voie de compliment du stylo des autres races.” “Chaque mensonge qui est raconté par l’historien”, il a écrit, “doit être mis à jour, et le Nègre devrait ne pas manquer de donner crédit aux glorieuses et merveilleuses réalisations de ses pères d’Afrique, en Europe et en Asie.” Il ajouta :
“Nous sommes satisfaits de savoir… que notre race a donné la première grande civilisation au monde, et, pendant des siècles, notre maison ancestrale, était la grande place de l’apprentissage, et quand les hommes Noirs, qui étaient alors seulement en harmonie avec la compagnie des dieux, étaient philosophes, artistes, scientifiques, des hommes de vision et de leadership, les peuples des autres races avançaient à tâtons dans la sauvagerie, la barbarie obscure et continentale… Les hommes Noirs étaient si puissants dans les premiers jours de l’histoire qu’ils étaient capables d’impressionner leurs civilisations, la culture et les traits et caractéristiques raciales sur les peuples d’Asie et de l’Europe du Sud. Les Espagnols, les Italiens et les Asiatiques noirs sont les descendants de couleur d’une civilisation négro-africaine puissante et du nationalisme. Toute autre déclaration par les historiens du contraire est “superposée” et ne doit pas être avalée par le Nègre éclairé.”
Pour compter les multiples mensonges perpétués, par les historiens Eurocentriques sur les Africains et les autres personnes de couleur, Garvey a exhorté ses partisans de soulever le manteau de la découverte et décoder le passé Africain :
“Nègres, enseigner à vos enfants qu’ils sont les descendants directs de la plus grande et la plus fière race qui ait jamais peuplé la terre ; et c’est à cause de la peur de notre retour au pouvoir, dans notre propre civilisation, qui peut surpasser les autres, c’est pourquoi nous sommes haïs et gardés par un monde contemporain jaloux et partial. Le fait même, que les autres races ne donneront pas au Nègre une chance équitable est une évidence irréfutable et une preuve positive qu’ils ont peur de notre progression civilisée “.
Garvey avait également une large vision du Panafricanisme et de la famille Africaine de l’humanité. Il écrit :
“Quand nous parlons de 400 000 000 de Noirs, nous entendons inclure plusieurs millions de l’Inde qui sont les desendants directs de cette ancienne souche Africaine qui ont une fois envahi l’Asie. Les 400 000 000 Noirs du monde ont leur propre belle histoire, et aucune des autres races ne peut l’écrire mais eux-mêmes. Jusqu’à ce qu’elle soit complètement et soigneusement rédigée, pour l’orientation de nos enfants et de nous-mêmes, laissez-nous y réfléchir.”
La proéminence de Garvey s’est étendue bien au-delà de sa vie pour influencer d’autres mouvements significatifs pour la libération Africaine. En juin 1965, le militant des droits civiques aux États-Unis Martin Luther King Jr., et son épouse, Coretta Scott King, ont visité le sanctuaire dédié à Marcus Garvey au Parc des Héros Nationaux (National Heroes Park), Kingston, Jamaïque. Dans un discours prononcé sur ce site, King a informé son auditoire que Garvey “a été le premier homme de couleur à diriger et à développer un mouvement de masse.” Il a en outre crédité Garvey comme « le premier homme sur une échelle et un niveau de masse à donner à des millions de Noirs un sens de la dignité et de la destinée, et faire le Noir se sentir qu’il était quelqu’un. King a reçu à titre posthume le premier Prix Marcus Garvey pour les Droits de l’Homme attribué par le gouvernement jamaïcain. Le prix a été remis à sa veuve le 10 Décembre 1968.
C’est l’année cent depuis la fondation de l’UNIA-ACL de Marcus Garvey. C’est l’histoire. Mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que Marcus Garvey nous dirait aujourd’hui, si nous pouvions entendre sa voix.
(Cet article est sélectionné de la nouvelle introduction de Runoko Rashidi de Marcus Garvey et la vision de l’Afrique (Marcus Garvey and the Vision of Africa), édité par John Henrik Clarke et publié par Black Classic Press à Baltimore, Maryland en 2011.)
Runoko Rashidi est un historien, écrivain, conférencier et guide de l’African heritage tours. Il est également l’Ambassadeur officiel de Voyages de l’Universal Negro Improvement Association and African Communities League. Pour plus d’informations sur Runoko Rashidi, écrire à [email protected] ou visiter son site internet www.travelwithrunoko.com. Traduction en français de Hidaya Nehanda Tiye, President of the organization Association Nia Khepera.